Communication et diffusion culturelle à l’ère du numérique

Romain BORT – Fabien CHARLON – Thibaud MARIJN

12 JUIN – La Cantine

Date du Petit Déjeuner : 12 Juin (8h30)
Lieu :  La Cantine , 151 rue Montmartre, Passage des Panoramas 12 Galerie Montmartre, 75002 Paris

Nouveau lieu de communication, d’échange, de partage, de création, internet implique une redéfinition de la création, diffusion et de la communication culturelle. Trois approches transversales (sociologique, pratique et politique) seront réparties en deux grands enjeux : d’une part, les opportunités créatives et la redéfinition de la culture par internet et d’autre part, les problématiques de politique culturelle et de régulation de l’échange des produits culturels sur la toile.

L’actualité de cette thématique est renforcée par la présentation en octobre par Eric Besson du Plan Numérique 2012, qui comporte un important volet culturel et de protection des droits d’une œuvre. La réflexion sur ce thème doit donc inclure une approche sociétale sur ces nouvelles pratiques et leurs conséquences sur la perception, sur l’ « être » même des œuvres ou « produits culturels ». Elle ne doit pas négliger les exemples créatifs et les stratégies de contournement des acteurs de distribution de la culture choisies par certains artistes, symboles de la liberté qu’offre la toile pour la création et la diffusion d’œuvres culturelles. Enfin, elle ne peut exister sans un débat sur les opportunités en termes de politiques culturelles et de démocratisation de la culture mais aussi sur les modalités de cette diffusion et de la protection des œuvres, surtout après le débat houleux qui avait animé les acteurs du milieu à propos de la licence globale.

Il paraît évident qu’internet cristallise en réalité des conceptions divergentes de ce que doit être la diffusion culturelle : pour le réalisateur de « Revolta km0 », premier film autoproduit et diffusé libre de droits sur dailymotion, son film doit être partagé, et pourquoi pas réutilisé, re-monté par d’autres internautes. En revanche, pour d’autres acteurs, le travail de l’auteur doit être respecté et rémunéré à sa juste valeur et la propriété intellectuelle de l’œuvre du créateur doit être scrupuleusement sauvegardée.
Bien plus qu’un débat sur un outil de communication, c’est à l’essence même de la culture que ces questionnements touchent, aujourd’hui et demain. Internet diffuse-t-il la culture ou la désacralise-t-elle ? Internet est-il un outil de création ou de perversion culturelle ? Un outil de partage ou de vol ?

[Partie sociologique]

Avec internet, l’individu est non seulement destinataire mais également émetteur de flux culturels.
Internet est une véritable révolution communicationnelle, et Régis Debray n’hésite pas à la comparer à celle du Codex (la Bible) et à celle de l’imprimerie dès le XVème siècle. Formidable outil de diffusion culturelle, elle donne une nouvelle ampleur à la création en lui offrant une audience potentielle déterritorialisée. La culture a ici un outil grâce auquel elle peut transcender les frontières dans l’émergence d’un « village global » : facilité d’ouverture intellectuelle et culturelle pour les individus, plate forme de diffusion créative, internet permet de contourner les réseaux classiques de distribution culturelle.

La redéfinition de la culture par la déterritorialisation des structures culturelles et la dématérialisation des œuvres
Une chance et un risque.

Malgré la prégnance d’une fracture numérique, l’écran peut faire office du théâtre, de salle de cinéma, de salle de concert, de livre, d’exposition, il est à la fois un outil de démocratisation et de banalisation. Le rapport au lieu disparaissant, c’est une partie du rapport à la culture qui disparaît, la mise en situation de l’œuvre. Le terme de « sortie » culturelle serait vidé de son sens : la culture serait un consommable comme un autre, déterritorialisée, dématérialisée.
La culture dématérialisée s’insère dans le cadre d’une numérisation du monde : mondes virtuels, serveurs virtuels, connectivité sans limites. Cette numérisation permet d’avoir accès aux productions culturelles de manière illimitée et en temps réel mais sépare la vision de la culture de l’espace-temps de la culture ; si tout est potentiellement temps culturel, rien ne l’est.

Bien plus que cela, la consistance de « l’objet » culturel disparaît également : un tableau, une sculpture deviennent des images, un film devient coupé de sa salle, un livre perd son odeur.
C’est tout un rapport implicite à l’œuvre qui disparaît : l’œuvre se met au service du public et non plus le public au service de l’œuvre. Ce « publico centrisme » déterritorialise la culture et l’enlève de son contexte culturel.

(Intervention d’un sociologue sur les thèmes de la fracture numérique et la déterritorialisation)
(Invitation de Jean Clair, ancien directeur du Musée Picasso, membre de l’Académie Française)

Dans un tel contexte, quelles seraient les nouvelles frontières de la culture.

Si toute création est potentiellement culturelle, dans un tel foisonnement, il devient difficile de séparer, de hiérarchiser les créations présentées. Internet étant une plateforme en ligne de libre accès, si tout est culture, rien n’est culturel. La question est de savoir si l’on considère la culture comme l’ensemble des activités humaines ou limiter cette définition, en l’occurrence, « à la création, aux arts et aux lettres ». On retrouve ici la principale remarque qui a été opposée à l’information et aux connaissances que l’on trouve sur la toile : elles sont très nombreuses et leur fiabilité est aléatoire. Formidable outil de démocratisation culturelle, internet serait en même temps un outil de divertissement avant tout, galvaudant la culture en prétendant la présenter.
Au contraire, Internet ne serait-il pas le reflet d’une nouvelle culture, une culture populaire désinstitutionnalisée qui se nourrit d’elle-même ?
(Intervention d’un sociologue spécialisé dans les media et les nouvelles technologies, Régis Debray par exemple)

[Partie pratique et politique]

La diffusion des œuvres culturelles est ici facilitée : pas d’intermédiaires entre l’artiste et son public mais comment communiquer son œuvre ?

La démocratisation d’internet a eu des conséquences importantes dans le domaine culturel : foisonnement créatif, outil de diffusion et de présentation de créations personnelles (publications en ligne, pages perso, blogs, mise en ligne de vidéos sur youtube, dailymotion etc.). Les créateurs pouvant partager leurs créations avec le monde entier, les artistes internautes bénéficient ici d’un mode de promotion en ligne gratuit et potentiellement inégalable. De nombreux artistes se sont fait connaître par le web et bien rare sont ceux qui n’ont pas leur site officiel, leurs sites officieux, pages facebook ou MySpace.
Quels sont les codes de cette diffusion, comment peut-on s’y retrouver dans le dédale de la toile, comment se faire connaître ? L’individu créateur n’est pas directement tributaire du public (faible dimension commerciale) mais doit l’attirer, le chercher : utilisation de réseaux sociaux, création d’un buzz… Comment fonctionnent ces nouvelles pratiques de la communication ?

(intervention de Jean Michel Ben Soussan, réalisateur de «revolta km 0 », premier film autoproduit et diffusé en version libre de droits sur dailymotion)

Les problématiques encore prégnantes de la diffusion de la culture sur internet

L’échange de fichiers par « P2P » et les téléchargements illégaux peuvent mettre en péril l’équilibre commercial d’une partie de la filière culturelle. Les débats posés par la question de la licence globale en 2006 sont la preuve de l’urgence du problème : les nouvelles stratégies (l’empreinte numérique qui « marquerait » les contenus non libres de droit ou encore le développement d’une véritable distribution de produits culturels en ligne, attractive à la fois au niveau de son catalogue que de ses tarifs) sont à l’étude. Il conviendrait d’étudier les avantages et inconvénients de ces solutions.
(Invitation de réalisateurs opposés à la licence globale et défendant la création culturelle – leur avis sur les nouvelles stratégies et tentatives de régulation d’internet dans la diffusion : chanteurs ou cinéastes signataires de la pétition contre la licence globale ou encore le directeur de la Fnac, Denis Olivennes)
(Invitation de spécialistes techniquessur la question)

Quid de la mise en place d’outils d’une véritable politique publique de la culture à travers les territoires numériques ?
Si des musées ainsi que des concerts exclusifs sont devenus accessibles sur Second Life, si Google a pu modéliser le musée du Prado à Madrid et mettre en ligne 14 chef d’œuvres picturaux en très haute définition, les Etats auraient les moyens techniques de mener une vaste politique de démocratisation culturelle par internet. La mise en place et la présentation du Plan Numérique 2012 (donc Me Nathalie Kosciusko Morizet est nouvelle responsable) prévoit des actions de plus grand accès libre aux œuvres culturelles.

Quels efforts sont à prévoir en ce sens et quel sera leur impact malgré la persistance de la fracture numérique ? Quelle sera l’accessibilité réelle des biens culturels, dans quelle mesure la politique de numérisation sera-t-elle menée ? Pour quelle échéance etc..

(Invitation de Me Kosciusko Morizet)
DEBRAY, Régis, Transmettre, ed. Odile Jacob, Paris, 1997

Rendez vous sur http://www.communicationculturellenumerique.com/ pour plus d’informations…

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