Communications politique et publique, indépendantes et complémentaires

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Par Camille Diaz et Maud Huguet, Etudiantes du M2 Communication politique et sociale

Il est difficile de distinguer la communication politique de la communication publique. Amalgame ou distinction nette, les postures sont multiples et les définitions de ces deux concepts varient en fonction des disciplines et des auteurs. Si d’un point de vue théorique ces formes de communication sont à différencier, en réalité, elles semblent être en constante interaction.

Une distinction théorique nette des termes

La communication politique, ou communication partisane

La communication politique selon Jacques Gerstlé se présente « comme un ensemble disparate de théories et de techniques, mais elle désigne aussi des pratiques directement politiques. Elle inspire […] des stratégies et des conduites qui varient selon les positions de pouvoir occupées et les situations vécues par les acteurs de la vie politique. »

Aucune définition ne fait aujourd’hui consensus. Les différentes conceptions sont regroupées dans une liste non exhaustive que Jacques Gerstlé résume dans son ouvrage La communication politique :
• La conception œcuménique, selon laquelle la communication politique est « un processus interactif concernant la transmission de l’information entre les acteurs politiques, les médias d’information et le public. » (Norris, 2000)
• La conception instrumentale, qui considère la communication politique comme l’ensemble des techniques et procédés dont disposent les acteurs politiques pour séduire, gérer et manipuler l’opinion publique.
• La conception délibérative, qui correspond à l’expression du débat démocratique. Elle considère que la discussion et les échanges sont essentiels à la construction d’un véritable espace public.
• La conception compétitive, elle, repose sur l’influence et le contrôle du public par les politiques.

Marquée par son caractère le plus souvent partisan, la communication politique a pour objectif principal l’influence de l’opinion, la veille des messages de l’opposition et à la rédaction d’argumentaires de riposte.

La communication publique, un outil de structuration de l’espace public

La communication publique quant à elle, correspond selon Pierre Zémor à « la communication formelle qui tend à l’échange et au partage d’informations d’utilité publique, ainsi qu’au maintien du lien social, et dont la responsabilité incombe à des institutions publiques ou à des organisations investies de mission d’intérêt collectif » (Zémor, La communication publique). Cette forme de communication, propre aux institutions et organisations publiques, vise l’intérêt général et le service public. Elle accompagne les décisions prises en expliquant leurs enjeux et a pour objectif d’instaurer un dialogue continu entre les institutions et les citoyens. Elle relève d’avantage du registre pédagogique et informationnel.

D’un point de vue théorique, communication politique et communication publique se distinguent donc par leurs objectifs, leurs acteurs et leurs modes de fonctionnement. Une opinion que soutient Martial Pasquier en dressant une liste de neuf différences entre les deux formes de communication (Pasquier, La communication publique).

L’auteur fait notamment référence à la singularité des périodes pré-électorales, moments où les deux formes de communication se scindent. Six mois avant la date de l’élection, la communication est encadrée. Par souci d’équité, les élus et politiques en place ne doivent pas communiquer sur leur bilan ou sur tout autre sujet qui pourrait être considéré comme de la « propagande électorale ». A ce moment-là, la communication publique tendrait à se limiter aux « marronniers ».

En pratique, quelle réalité ?

Si en théorie, cette distinction paraît claire, en pratique, la frontière entre communication publique et communication politique apparaît floue. Dans le cadre professionnel, les interactions semblent permanentes. Pour certains, la communication politique a pour objectif de donner une impulsion et d’exprimer une volonté qui doit être retranscrite par les services en charge de la communication publique. Apolitique et administrative, la communication publique serait opposée à une communication partisane, dépendante des mandats en cours.

En pratique, la distinction entre les deux communications n’est pas toujours évidente. La communication publique sert parfois le politique et le politique est parfois amené à communiquer sur les affaires publiques. L’importance de la communication publique et son rôle, peut parfois susciter certaines interrogations notamment sur la légitimité de communiquer sur des projets de réforme.