Les politiques : un peu, beaucoup, à la folie ?

Les lectures psychologisantes de la vie politique

Jeudi 14 février 2019, les étudiants du M2 Communication politique et institutionnelle ont lancé l’édition 2019 des fameux « Petits déjeuners débat » de la Sorbonne avec un premier PDD sur la folie en politique. Le débat a commencé à 8h30 dans le bel amphithéâtre Gestion de la Sorbonne en compagnie de Laurence Rossignol (sénatrice PS de l’Oise), Frédérique Matonti (professeure de science politique de Paris 1), Gaspard Gantzer (ex conseiller communication de l’Elysée) ainsi qu’Aurore Gorius (journaliste pour Les Jours). Le tout animé par Marc-Olivier Fogiel, illustre présentateur du Divan et animateur chez RTL. Retour sur un échange riche et passionnant sur la montée des lectures psychologisantes de la vie politique.

Chouquettes, cakes, pains au chocolat et croissants, tout était prêt à 8h15 pour accueillir nos invités. Une fois, les intervenants arrivés, Marc-Olivier Fogiel a ouvert le débat sur une question très générale en demandant à nos invités ce qu’ils pensaient de la montée de ces lectures psychologiques du champ politique. Si Laurence Rossignol a commencé par affirmer qu’elle ne s’était jamais posée la question en politique « car la psychologie touche tout le monde, pas uniquement les politiques ». Elle a néanmoins estimé que « lorsqu’on ne comprend pas le comportement des politiques ou leurs actions publiques, alors on se pose la question sur leur psychologie ». De son côté Frédérique Matonti a expliqué que depuis une dizaine d’années, on assistait à une psychologisation croissante de la vie politique. Elle a cependant regretté que l’on tombe parfois dans une « psychologie de bazar ou de comptoir ». Plus globalement, les intervenants se sont mis d’accord sur le fait que la « psychologisation » de la vie politique pouvait abaisser le débat d’idées.

Ensuite, chaque intervenant est revenu successivement sur les causes qui ont participé au développement de cet intérêt pour la psychologie en politique. Gaspard Gantzer a commencé par analyser l’élection du chef de l’Etat comme une illustration typique de ce voyeurisme « psychologique » exercé par les Français. Selon lui, à chaque présidentielle une « vague de folie amoureuse submerge le pays » occasionnant forcément des déceptions par la suite. Il en a profité pour dénoncer les institutions vieillissantes de la Ve République, qu’il décrypte comme étant le fond du problème de cette hyperpersonnalisation du pouvoir.

Frédérique Matonti a mis en lien cet intérêt pour la vie privée des politiques avec le développement de la presse people et de la médiatisation croissante de ce sujet par les journalistes. De son côté, Aurore Gorius, journaliste pour Les Jours, a nuancé ce propos en affirmant que selon elle, c’était la communication politique qui avait accru la psychologisation de la vie politique et non les journalistes, à l’exception de la presse people qui y avait évidemment beaucoup contribué. Elle a notamment pris en exemple la politique des « petites phrases » des politiques qui fait écho, selon elle, à ces dérives psychologisantes.

Laurence Rossignol en a profité pour rebondir sur la notion de petites phrases en politique, en prenant l’exemple d’Emmanuel Macron. Pour elle, les petites phrases ont un effet négatif sur les femmes et hommes politiques car elles entachent les convictions politiques. Elles ont tendance à provoquer la perte de la substance politique, déplaçant ainsi la focale sur les petites phrases – et donc sur la forme – plutôt que sur les réformes en tant que telles. 

Le débat s’est ensuite focalisé sur la problématique de la transparence. Nos intervenants ont mis en parallèle cette montée des lectures psychologiques avec la volonté de rendre plus « transparente » la vie politique et publique. La sénatrice Rossignol a regretté cette immiscion des citoyens dans la vie privée des politiques. Elle a dénoncé le fait que les citoyens se sentaient légitimes à rentrer dans la vie privée des politiques, sous prétexte que ces derniers sont rémunérés par l’argent public et les impôts. 

L’échange s’est finalement conclu par une analyse de la dimension sexiste de ces lectures. Frédérique Matonti a pris la parole et a expliqué qu’il n’y avait pas nécessairement de lien entre la psychologisation et le sexisme. « Ce sont deux choses bien distinctes même si les femmes sont encore plus attaquées en politique. Cependant certaines ont joué là-dessus pour faire augmenter leur popularité comme Ségolène Royal, en faisant une photo d’elle à la plage ou à la maternité ». Une illustration du retournement du stigmate en politique.

Toutefois, Laurence Rossignol a avoué que les femmes étaient toujours ramenées à leur physique, leur rôle en tant que mère ou épouse. Toutefois, cela n’était pas le résultat de la psychologisation mais tout simplement d’un « sexisme ambulant dans notre pays et plus particulièrement dans le monde de la politique ».    

Le débat s’est clôt par quelques questions du public et un échange convivial autour de viennoiseries prévues pour l’occasion. 


Petit-Déjeuner Débat proposé par :

Camille ANDRIEU – Amandine CARRIÈRE – Julia CORTESE – Lila DAVID – Franck DEVOIR – Odney LUNDI – Charline MOIREAU – Arthur PRIEUR – Bob Camille QUENUM – Théo SAINT JALM