Peut-on parler d’une professionnalisation de la communication des organisations terroristes? Quels enjeux pour les Etats occidentaux?

Musée de la Marine, le jeudi 23 avril de 8h30 à 10h30.

          L’organisation des petits déjeuners débats de la Sorbonne est une initiative du Master 2 Communication Politique et Sociale de Paris I – Panthéon Sorbonne initiée dans le cadre du séminaire Profession Communiquer de Monsieur Jacques Suart. Au fil des ans, ces rendez-vous sont devenus une véritable empreinte de notre formation. Marque à part entière, les Petits Déjeuners Débats de la Sorbonne ont été déposés à l’Institut National de la Propriété Industrielle (INPI). Chaque année, la promotion organise environ cinq à six rencontres, dont les thèmes de débats abordent des problématiques variées du monde de la communication, souvent liés à un sujet d’actualité, afin de faire évoluer les codes de ce domaine d’étude.

Au cours des deux dernières décennies, le choix disponible en matière de communication a proliféré grâce au développement fulgurant des technologies numériques. Ces nouvelles plateformes, qui ont révolutionné le monde des affaires, de la politique ou tout simplement des relations interpersonnelles apportent aussi au crime organisé et aux organisations terroristes de nouvelles méthodes pour propager leur message, revendiquer leurs actions, recruter de nouveaux adhérents et mener leur combat.

Partant du principe que le terrorisme est intrinsèquement porteur de messages, jouant sur les symboles et les représentations, il est important de comprendre la méthodologie et les moyens utilisés par les organisations terroristes pour communiquer. A travers une approche protéiforme de la communication (communication de masse, communication politique, communication visuelle) nous devons comprendre le rôle clé que les médias jouent dans la stratégie communicationnelle de ces groupes. Examiner l’usage des différents canaux de communication dans la diffusion du terrorisme s’avère également nécessaire  pour  tenter de le combattre.

Au lendemain des attentats du 11 septembre 2001, Al-Qaïda envoie plusieurs vidéos à la chaîne de télévision qatarie Al-Jazzera afin de revendiquer le détournement des avions. Une infime partie d’entre elles est diffusée et les images sont raccourcies et modifiées. Frustrée, l’organisation menée par Oussama Ben Laden décide de les mettre en ligne afin de contrôler elle-même sa communication.

Depuis, Al-Qaïda, les talibans, Al-Shabab ou plus récemment Daesh, ont tous développé des moyens de production et diffusion de contenus de manière à multiplier leurs messages en ligne. Au fil des ans, les méthodes se sont perfectionnées jusqu’à atteindre les normes et standards des médias les plus sophistiqués. Les filières terroristes savent comment exploiter les outils stratégiques de communication et il est essentiel de comprendre l’interaction et la dépendance entre les médias et le terrorisme pour apporter des solutions. Les médias de masse et surtout Internet sont devenus les principaux détonateurs de communication de ces organisations. Avec ces moyens, le terrorisme est en mesure de compenser leur infériorité militaire vis-à-vis des Etats occidentaux. La capacité à développer et mettre en œuvre de telles stratégies est révélatrice d’un certain professionnalisme en matière de communication.

Les organisations terroristes semblent élaborer leurs stratégies en fonction des publics visés. Ils adaptent leurs messages et les méthodes de diffusion en conséquence, dans une vraie démarche de communiquant et de relations publiques. L’utilisation et la maitrise des médias et d’Internet permettent non seulement de compenser leurs lacunes au niveau militaire mais aussi de continuer à embrigader et recruter de nouvelles générations pour leurs filières.

Les réseaux sociaux, au premier rang desquels Twitter et Facebook, offrent aux organisations terroristes de nouvelles et puissantes possibilités en matière de propagande. 91% des jeunes recrues françaises pour le djihad se sont fait alpaguer via les réseaux sociaux. Des questions se posent : quels types de messages permettent un tel engouement ? Sont-ils adaptés en fonction des cibles ? Peut-on repérer les propagandistes et les stopper sur ces outils ? Daesh semble aujourd’hui l’organisation terroriste la plus professionnelle dans ses méthodes de propagande. Elle a parfaitement intégré les codes des réseaux sociaux, jusqu’à organiser des campagnes de communication pour sourd et muet.

Les Etat sont confrontés à ces terroristes 2.0, hyper médiatisés, qui mènent une guerre de communication, d’information et de renseignement. Les enjeux sont nouveaux et les solutions doivent être apportées à la vitesse d’une société médiatique ultra connectée, la réflexion est donc engagée. Le récent projet de loi sur le renseignement fait couler de l’encre. Soutenu par le Premier Ministre et l’UMP ce texte définit les missions des différents services de renseignement (intérieur, extérieur, militaire, douanier) qui vont de « la prévention du terrorisme » à « la défense et la promotion des intérêts économiques, industriels et scientifiques majeurs de la France ». ll énumère notamment les techniques d’écoutes, de géolocalisation, de pose de micros, de caméras ou de logiciels-espions pour surveiller une personne visée, voire son entourage, sous le contrôle d’une nouvelle autorité administrative indépendante. Entre liberté d’expression, contrôle de l’information et pipolisation de la terreur, il est important de comprendre comment s’articulent les actions du pouvoir en termes de communication et quelles en sont les conséquences pour le citoyen et ses libertés fondamentales.

La menace terroriste ne peut pas se traiter au niveau national. Concernant l’ensemble des Etats européens et démocratiques, une coordination des moyens semble nécessaire pour lutter contre ces organisations. La circulation de l’information apparaît aujourd’hui comme une nécessité pour espérer combattre de manière cohérente et efficace le terrorisme.

 

Intervenants

 

Christian Gravel, Directeur du SIG

Suite à des études en science politique et sociologie Christian Gravel devient Directeur de cabinet de Manuel Valls à la Mairie d’Evry pendant près de dix ans. En 2012 il devient le Conseiller communication et presse de la Présidence de la République et en 2014 passe à la direction du Service d’Information du Gouvernement. Toute la France a été horrifié par les attentats de janvier et le gouvernement a dû affronter l’une des pires crises de l’histoire récente de France. La réponse efficace du Gouvernement a été reconnue de tous.

François Bernard Huygues, directeur de recherche à l’IRIS, professeur au CELSA

Docteur d’État en science politique et habilité à diriger des recherches en sciences de l’information et de la communication, François-Bernard Huyghe a été réalisateur de télévision, puis fonctionnaire international au secteur Culture Communication à l’Unesco de 1984 à 19871. Il est maintenant directeur de recherche (stratégie de l’information, cyber stratégie, intelligence économique).

Il enseigne notamment au Celsa Université Paris IV-Sorbonne, à Polytechnique, sur le campus virtuel de l’Université de Limoges, à l’ICOMTEC (Pôle Information-Communication de l’IAE de Poitiers) etc. Il est directeur de recherche à l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS) où il a créé l’Observatoire géostratégique de l’Information en ligne et où il y enseigne. Il est membre du conseil scientifique du Conseil Supérieur de la Formation et de la Recherche Stratégiques.

 

Anne Giudicelli, Fondatrice de Terr (o) risc

Spécialiste du monde arabe et musulman, Anne Giudicelli a été chargée de mission au Ministère des Affaires étrangères à Paris et dans la région. En charge en premier lieu de programmes de lobbying et de communication destinés à la promotion des intérêts français, notamment pendant la Présidence française de l’Union européenne, elle assure après les attentats du 11 septembre 2001 le suivi transversal et l’analyse des dossiers relatifs au terrorisme et à l’islamisme à la direction ANMO, au sein duquel elle met notamment en place le premier monitoring sur les forums radicaux arabophones dès 2001.  Elle  crée ensuite  TERR(o)RISC en 2005, une structure opérationnelle d’intelligence stratégique basée sur un réseau d’expertise à l’international.  Elle était auparavant journaliste d’investigation dans la presse française et à l’étranger, et continue de publier sur les sujets touchant son expertise. Elle est régulièrement sollicitée par les think tanks, les centres de formation et les medias.

Elle a notamment écrit un ouvrage/ récit consacré aux phénomènes de violence dans les banlieues françaises (“ La Caillera ”, ed. Jacques Bertoin, 1991) dont elle a publié une version réactualisée en mai 2006 à la suite des émeutes de l’automne 2005 (« Caillera…Cette France qui a peur », ed. Jean-Claude Gawsewitch). En  octobre 2007, elle publie  un essai intitulé « Le risque antiterroriste » (ed. Seuil), qui étudie notamment les politiques européennes de lutte antiterroriste. Elle est l’auteur de différentes tribunes et articles dont « La propagande des groupes terroristes irakiens sur internet », (Questions Internationales n°16,  novembre 2005)  ou encore « Charlie Hebdo ». Un Patriot Act à la française ? Non, nous générons nos propres ennemis dans Le Plus de l’Obs.  (http://leplus.nouvelobs.com/contribution/1305181-charlie-hebdo-un-patriot-act-a-la-francaise-non-nous-generons-nos-propres-ennemis.html)

 

Anne-Claire Ruel, Consultante médias et communication

Anne-Claire Ruel est Consultante médias et communication. Après un parcours solide dans de prestigieuses agences de communication, tel que TBWA ou Equancy & Co, elle crée Felicity Jane, conseil en communication. Anne-Claire Ruel est aussi enseignante à l’Université de Cergy-Pontoise et intervient régulièrement auprès d’étudiant de Sciences-po Toulouse et de la Sorbonne. Elle écrit  actuellement « Politique & réseaux sociaux, la nouvelle démagogie » à paraître en novembre 2015 et est souvent présente dans les plateaux de France tv info.

 

Organisation

 

Florian Bachelet, Président de l’association Sorbonne Communication

Après une licence d’histoire, une maîtrise de science politique et une première expérience comme conseiller en communication pendant les municipales de 2014, Florian est rentré dans le Master Communication Politique et Sociale de l’Université Paris 1 Panthéon Sorbonne. Aujourd’hui président de l’association Sorbonne Communication, il est également en stage à la direction de la communication du groupe Elior.

 

Justine Gayout, Vice-Présidente de l’association Sorbonne Communication

Après avoir obtenu un DEUG de droit option science politique et une licence de science politique, elle se dirige vers un Master professionnel de Communication politique et sociale. Passionnée de littérature, de philosophie et de sport, elle a rédigé son mémoire de Master 1 sur la profession de journaliste sportif. Elle occupe actuellement le poste de Community Manager (stage de fin d’étude) au sein de la start-up Qapa, 1er site de recrutement par matching, lancée il y a maintenant 4 ans.

Alexandre Pailley, Secrétaire Général de l’association Sorbonne Communication

Après une licence de Droit obtenue dans le cadre du Magistère de Droit des Activités Économiques de Paris 1, Alexandre décide de poursuivre ses études en Science Politique, spécialité Communication. Son mémoire de M1 porte sur les usages politiques de Twitter durant la campagne des municipales 2014 à Paris. Aujourd’hui en Master 2 Professionnel Communication Politique et Sociale, il associe sa formation universitaire et sa passion pour le cinéma en effectuant un stage  au service de la communication du Forum des images.

Dorian Masquelier,

A la suite d’une licence en science politique, Dorian a décidé de poursuivre ses études en se spécialisant progressivement dans la communication durant les deux années de Master à l’Université Panthéon-Sorbonne. Après un premier stage tourné vers la communication digitale et corporate à l’agence Antidox, il est actuellement à l’agence Elan-Edelman spécialisée dans les relations publiques et les stratégies de marque.

 

Robin Padilla,

Titulaire de deux licence en Histoire et en Science Politique à Lyon II, Robin a rejoint  l’Université Paris I Panthéon Sorbonne en 2013 pour un M1 de Science Politique, puis un M2 spécialité communication politique. Après un stage au sein de la rédaction de « Public Sénat », puis au sein de l’Assemblée Nationale, il effectue actuellement un stage auprès de la Fondation Concorde.

 

Gil Borges Pereira,

Titulaire d’une maitrise en Relations Internationales à l’Université de Porto, Gil a effectué un stage auprès de l’Ambassadeur du Portugal à Paris. Il a, par la suite, intégré le cabinet de consultants en Marketing QSP à Porto. Il décide par la suite de s’installer à New York ou il collabore en tant que consultant en communication avec le projet d’art public The Water Tank Project sur le thème de l’eau et sa crise mondial. Il collabore également en tant que consultant externe de la société de services stratégiques dirigé par le député estonien et expert en sécurité internationale Eerik Kross. En 2014 il décide de compléter ses études et intégrer le Master 2 en Communication Politique de la Sorbonne et réalise son stage de fin d’études au cabinet de Christophe Girard, Maire du 4ème arrondissement de Paris.