La femme qui inspira la promotion 2019

Portrait de Gisèle Halimi, femme politique majeure

Ancienne étudiante de droit et de philosophie à la Sorbonne, avocate, militante féministe et femme politique d’envergure, le parcours de Gisèle Halimi invoque l’inspiration à tant d’égards. Ses nombreux engagements en faveur des femmes et la persévérance de ses luttes anticolonialistes ont engendré des mouvements de libération considérables qui font date. 

C’est dans cette lignée qu’a souhaité s’inscrire le Master 2 Communication Politique et Institutionnelle de l’Université Panthéon-Sorbonne en choisissant le nom « Gisèle Halimi » pour désigner sa promotion 2018-2019. Cette dénomination se veut un hommage aux batailles de Madame Halimi autant qu’un remerciement pour le changement instigué pour un monde plus juste. 

Née en 1927 en Tunisie dans une famille judéo-arabe populaire plutôt traditionaliste, Gisèle Halimi s’indigne dès son adolescence des carcans d’épouse et de mère qui lui sont destinés en tant que femme. Refusant de jouer le jeu d’un « sexe faible » tel qu’il est perçu par une société patriarcale, elle choisit très tôt de mener des combats pour elle-même mais se fait le chantre de toutes les femmes qu’elle représentera par la suite en France et partout dans le monde. 

Les Droits Humains comme cheval de bataille

Son militantisme se traduit dans un premier temps par un pacifisme et une revendication anticolonialiste à l’égard de la France sur la Tunisie, sa patrie d’origine, mais aussi sur l’Algérie. Elle y dénonce les exactions et les tortures commises par l’armée française. Elle se fait l’avocate de la défense des militant.e.s du Mouvement National Algérien qui sont alors poursuivi.e.s par la justice française. 

La lutte que Gisèle Halimi mène en faveur des Droits Humains se poursuit lorsqu’elle préside une commission d’enquête sur les crimes américains durant la Guerre du Viêt Nam. Son engagement international la conduit à une prise de position contre la guerre de Serbie en 1999, puis contre Israël en 2009 dans le cadre du Tribunal Russel sur la Palestine. 

Face aux injustices de genres 

En parallèle, Gisèle Halimi se bat avec véhémence contre l’oppression faite aux femmes, notamment en participant au Mouvement Démocratique Féminin, union voulue entre socialisme et féminisme autour de la candidature de François Mitterrand à la Présidence de 1965. Elle signe en 1971 le Manifeste des 343, une pétition de 343 femmes qui annoncent avoir avorté — le tout à une époque où l’illégalité de l’acte peut conduire à une peine d’emprisonnement. Ce manifeste fondateur réclame un libre accès aux moyens de contraception et se prononce contre la pénalisation de l’avortement. À la mort de Simone de Beauvoir, elle devient présidente de l’association Choisir la Cause des Femmes, mouvement créé spontanément à la suite de cette action. 

En 1972, à l’occasion du Procès de Bobigny, elle obtient la relaxe de sa cliente qui avait choisi d’avorter à la suite d’un viol. Participant à préparer la Loi Weil de 1975 relative à l’interruption volontaire de grossesse, le procès est l’occasion d’y tenir une tribune pour défendre le droit des femmes à disposer librement de leur corps. Peu de temps après en 1978, elle organise la défense de deux femmes victimes d’un viol collectif et contribue ainsi à définir l’attentat à la pudeur et le viol non plus comme des délits mais comme des crimes. 

Femme politique fidèle à son engagement

Députée de l’Isère de 1981 à 1984 apparentée aux socialistes, elle fait face à la misogynie politique et à la violence institutionnalisée à l’encontre des femmes qui ont pour effet de ralentir ses projets. Cela ne l’empêche cependant pas de continuer à mener de plein front ses idéaux, en proposant par exemple une parité en politique entre femmes et hommes. Peu de temps avant, elle avait déjà émis l’idée d’une harmonisation des législations européennes concernant le droit des femmes lors de la première élection du Parlement Européen au suffrage universel. 

Mitterrand lui-même voit en elle une porte-parole exemplaire et la nomme Ambassadrice de la France auprès de l’UNESCO de 1985 à 1986.

 

Âgée aujourd’hui de plus de 90 ans, Gisèle Halimi peut se féliciter d’une vie consacrée à l’amélioration de la vie de ses semblables. Ses engagements doivent nous ouvrir les yeux sur la manière dont nos actions contribuent à faire évoluer les conditions de vie d’autrui. Son humanisme mérite d’éclairer les nouvelles générations et de mettre en lumière les nécessaires prises de positions de toutes et tous en faveur d’un monde meilleur. 

À ce titre, le Master de Communication Politique remercie avec la plus grande humilité cette ancienne élève de l’Université, grande femme qui force l’inspiration et le respect de chacun.e d’entre nous.  

– La Promotion « Gisèle Halimi », 2018-2019.