L’ambition des chaines parlementaires, entre communication publique et information politique

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Par Laurène Ferran et Valentine Serino, Etudiantes du M2 Communication politique et sociale

Dans le bruit permanent et face à l’omniprésence de l’exécutif dans l’espace médiatique, l’Assemblée nationale et le Sénat entrent en concurrence directe avec les autres instances de pouvoir ; ces institutions doivent redoubler d’efforts en termes de communication pour continuer à exister. Les chaines parlementaires font dès lors partie intégrante de la stratégie de communication du Parlement en France et constituent un marqueur fort des institutions démocratiques. En effet, leur vocation consiste à apprendre le civisme et la citoyenneté, ainsi qu’à informer les citoyens-spectateurs sur l’actualité politique.

Des chaines distinctes des services communication des assemblées

Tout d’abord, les services communication de l’Assemblée nationale et du Sénat sont en charge de la communication publique de leurs institutions respectives, communication qui tend au « partage d’informations d’utilité publique ainsi qu’au maintien du lien social » (Pierre Zemor, La communication publique). Elle passe notamment par la production de supports tels que les brochures de présentation des institutions, la création de sites internet, ou encore l’organisation de visites au cœur des lieux de pouvoir. En ce sens, communiquer contribue au bon fonctionnement de la démocratie, en assurant aux citoyens la transparence de l’institution et du travail législatif. Avec le rôle grandissant de la télévision comme support d’information politique, la communication des assemblées a dû s’adapter.

Les chaines parlementaires comme outils de communication…

En France, la création de la première « chaine » parlementaire remonte à 1993 avec Canal Assemblée nationale, qui est alors un canal interne de la chambre basse, et qui retransmet les séances et commissions à destination des députés ne pouvant se déplacer. Le tournant advient avec la loi du 30 décembre 1999, qui donne naissance à La Chaine Parlementaire telle que nous la connaissons. LCP-AN est créée début 2000, et rejointe par Public Sénat quelques mois plus tard. Ces deux chaines, qui se partagent un même canal, ont une mission de service public.

La création de chaines parlementaires répond ainsi au besoin de faire gagner les assemblées en visibilité et de publiciser leurs travaux après d’un plus large public. Il s’agit d’outils de communication publique qui viennent compléter l’action des services correspondants, dont elles sont indépendantes. Leur enjeu est de présenter l’intérêt des textes législatifs, expliquer les procédures de contrôle, ou encore commenter les séances et auditions. L’idée est de faire connaitre et faire comprendre le Parlement afin d’en renforcer la légitimité.

Or le temps parlementaire est par définition long, en raison de la complexité et de la lenteur du processus législatif, quand la temporalité des chaines d’actualité est courte, car exigeant réactivité et simplicité. Pour réduire cette tension , les chaines ont élargi leur offre, proposant des programmes qui se « détachent » des assemblées, comme les débats, reportages, portraits ou couverture d’événements.

…dont l’indépendance est éditoriale et non pas financière

Les assemblées gardent tout de même un contrôle relatif sur les chaines parlementaires par plusieurs moyens. Les présidents des deux chaines sont nommés par les Bureaux de l’Assemblée (LCP-AN) et du Sénat (Public Sénat) pour 3 ans, et ils sont révocables sur décision de ces mêmes Bureaux. L’autre moyen de contrôle majeur est le budget des chaines parlementaires, constitué de dotations de l’Etat aux assemblées, qui accordent chacune une part du gâteau à leur chaîne de télévision. Les sociétés de programmation restent privées, mais les fonds utilisés sont publics. De la même manière, les chaines parlementaires ne sont soumises au contrôle ni de la Cour des comptes ni du CSA si bien que la surveillance, financière comme éditoriale, est assuré par chacune des chambres.

Vers une mutation des chaines parlementaires

Les chaines parlementaires françaises accentuent depuis 2009 deux évolutions : d’une part, elles se muent en chaines politiques généralistes, ne traitant plus uniquement de l’actualité du Parlement ; d’autre part, elles deviennent peu à peu de véritables médias globaux, présentes sur la TNT bien sûr, mais aussi sur internet et les réseaux sociaux, accessibles via des applications smartphone dédiées… Ainsi, LCP-AN et Public Sénat ne sont plus des chaines institutionnelles, leur indépendance est assurée par des professionnels de l’information ; elles s’occupent désormais plus d’information politique que de communication publique.

L’existence des chaines parlementaires a été remise en cause à maintes reprises, notamment pour des questions de coût : les audiences plutôt faibles (et officiellement inconnues) justifient-elles les millions dépensés ? Passer de la communication à l’information ne réduit-il pas leur impact ? Les chaines parlementaires, bien qu’ayant une mission d’intérêt général, s’adressent principalement à des professionnels de la politique ou à des citoyens déjà intéressés par la chose publique, pour ne toucher le grand public que de façon encore limitée. En revanche, on peut noter que beaucoup de citoyens suivent les chaines, et surtout les assemblées, sur les réseaux sociaux (multiplication des hashtags #DirectAN, #DirectSenat, #QAG ou autres). Ainsi, les chaines parlementaires se sont éloignées de leurs objectifs d’origine, mais contribuent à alimenter un intérêt certain à l’égard de la chose publique à l’heure actuelle en France.